
Naomie Halioua
Co-fondatrice & CRO, Recherche IA

Le 1er septembre, l'UE a proposé sa première limite légale pour la toxine à l'origine d'un rappel ayant touché au moins 99 pays : le chiffre applicable au lait infantile en poudre est fixe, celui du lait liquide est un calcul que chaque fabricant doit effectuer lui-même
Le 1er septembre 2026, la Commission européenne a publié un projet de règlement qui modifierait le règlement (CE) n° 2073/2005 relatif aux critères microbiologiques applicables aux denrées alimentaires afin d'y ajouter, pour la première fois, une limite maximale (ML) légale pour la cereulide, une toxine thermostable produite par la bactérie Bacillus cereus, dans le lait infantile en poudre, le lait de suite en poudre et les aliments diététiques destinés à des fins médicales spéciales pour nourrissons en poudre : 1 microgramme par kilogramme (µg/kg). Les commentaires publics sont ouverts jusqu'au 29 septembre 2026. La majorité des articles consacrés à l'incident sous-jacent ont paru en janvier et février 2026, lorsqu'un rappel multi-pays de lait infantile, débuté en décembre 2025 après la détection de cereulide, a donné lieu à un avis d'épidémie de l'Organisation mondiale de la santé faisant état de 144 cas de maladie suspectés ou confirmés dans 10 pays, et de produits rappelés ayant atteint au moins 99 pays et territoires dans le monde. Ce que ces articles ne pouvaient pas rapporter, car il n'existait pas encore, c'est le chiffre précis que l'UE propose désormais pour éviter que cela ne se reproduise, ni un détail enfoui dans la manière dont ce chiffre s'applique : la limite de 1 µg/kg n'est écrite que pour la forme séchée, en poudre. Pour le lait liquide prêt à l'emploi, le projet ne fixe aucun chiffre unique. Il impose à chaque fabricant d'appliquer son propre facteur de reconstitution, le ratio qu'il utilise pour reconstituer la poudre en liquide, afin d'obtenir une limite équivalente, ciblée à 0,1 µg/kg dans le produit reconstitué.
Ce que fait réellement le projet du 1er septembre
Le règlement (CE) n° 2073/2005 est le texte central du droit alimentaire de l'UE en matière de critères microbiologiques : il fixe les limites de sécurité des denrées alimentaires et d'hygiène des procédés, ainsi que les méthodes d'échantillonnage et d'analyse, que les exploitants du secteur alimentaire doivent déjà respecter pour des agents pathogènes comme la salmonelle ou la listeria. La cereulide, la toxine au cœur de l'incident du lait infantile de 2026, n'y figure actuellement pas du tout. Les analyses microbiologiques standard recherchent la bactérie Bacillus cereus, et non la toxine thermostable qu'elle peut produire, laquelle survit à la pasteurisation et aux traitements standard même une fois la bactérie elle-même éliminée. Le projet de règlement comble cette lacune pour la catégorie de nourrissons pour laquelle la toxine s'est révélée la plus dangereuse : il ajoute la cereulide comme critère de sécurité des denrées alimentaires nommément désigné, fixe la limite maximale de 1 µg/kg pour le lait infantile, le lait de suite et les aliments diététiques destinés à des fins médicales spéciales pour nourrissons de moins de six mois, tous en poudre, et détaille le calcul par facteur de reconstitution que les fabricants doivent utiliser pour contrôler les versions liquides prêtes à l'emploi de ces mêmes produits par rapport à une limite équivalente plutôt qu'à un chiffre fixe. La Commission européenne a ouvert le texte aux commentaires du public le 1er septembre 2026, la fenêtre se refermant le 29 septembre 2026, avant que le projet ne puisse être adopté via la procédure de comitologie habituelle de l'UE.
Trois détails derrière le projet du 1er septembre
01
Le chiffre fixe ne couvre que la poudre
1 µg/kg s'applique au lait infantile, au lait de suite et aux aliments diététiques à des fins médicales spéciales pour nourrissons, tous en poudre. Les versions liquides prêtes à l'emploi sont contrôlées par rapport à une limite équivalente, pas à ce même chiffre.
02
Le chiffre du liquide est calculé par le fabricant
Aucune ML unique n'est écrite pour le lait reconstitué. Chaque fabricant applique son propre facteur de reconstitution à la limite de 1 µg/kg de la poudre pour atteindre une cible équivalente à 0,1 µg/kg dans le produit liquide.
03
Elle cible une toxine, pas la bactérie qui la produit
Les analyses microbiologiques existantes recherchent les taux de Bacillus cereus. La cereulide est une toxine distincte et thermostable qui survit à la pasteurisation : un lot peut donc réussir un contrôle bactérien standard tout en contenant la toxine.
Déc. 2025
Un rappel multi-pays de produits de lait infantile débute après la détection d'une contamination à la cereulide.
1er jan. au 25 fév. 2026
Le bulletin Disease Outbreak News de l'Organisation mondiale de la santé fait état de 144 cas de maladie suspectés ou confirmés dans 10 pays.
Fév. 2026
L'OMS indique que les produits rappelés ont atteint au moins 99 pays et territoires dans le monde.
1er sept. 2026
La Commission européenne publie un projet de règlement ajoutant une limite maximale de cereulide au règlement (CE) n° 2073/2005.
29 sept. 2026
Échéance pour le dépôt des commentaires publics sur le projet de règlement.
Les chiffres derrière le projet du 1er septembre
Un chiffre est le nouveau plafond légal lui-même. Un autre montre jusqu'où un seul épisode de contamination a voyagé avant que ce plafond n'existe. Le troisième montre le peu de temps dont dispose le secteur pour commenter avant que le texte ne puisse être adopté.
1 µg/kg
la limite maximale proposée pour la cereulide dans le lait infantile, le lait de suite et les aliments diététiques à des fins médicales spéciales pour nourrissons, tous en poudre
99 countries
le nombre de pays et territoires que l'Organisation mondiale de la santé indique avoir été atteints par les produits de lait infantile rappelés
28 days
la durée de la fenêtre de commentaires publics sur le projet de règlement, de sa publication le 1er septembre 2026 à l'échéance du 29 septembre 2026
Le vrai sujet : un seul fournisseur d’ingrédient partagé transformé en événement touchant 99 pays
Ce qui a permis à l'incident sous-jacent de se propager en même temps à des dizaines de marques concurrentes et de marchés n'est ni une usine partagée ni un distributeur commun. Les articles de presse ont retracé la contamination jusqu'à l'huile d'acide arachidonique (AHA), un ingrédient unique fourni par un seul fournisseur en Chine et utilisé, au même moment, par plusieurs fabricants de lait infantile sans lien entre eux, Nestlé, Danone et Lactalis Nutrition Santé figurant parmi les marques citées dans les articles consacrés au rappel. Un programme qualité construit autour de la propre usine de chaque fabricant, de ses propres analyses sur produit fini et de sa propre distribution en magasin n'a aucune raison de remarquer que la formule d'un concurrent, vendue sous une marque totalement différente dans un pays totalement différent, partage le même intrant amont. Une contamination chez ce seul fournisseur ne pouvait donc pas rester confinée à la chaîne d'approvisionnement d'une entreprise ; elle est apparue simultanément dans des produits n'ayant aucun autre lien entre eux, ce qui explique précisément pourquoi un défaut remontant à un seul lot d'ingrédient a atteint au moins 99 pays avant même d'être pleinement compris. La réponse de l'UE traite cela comme un problème de méthode d'analyse, en ajoutant la cereulide comme critère nommément désigné plutôt que de s'appuyer sur des dénombrements bactériens qu'un lot contaminé peut malgré tout réussir. Elle ne referme pas, en soi, la faille de traçabilité qui a laissé le même risque de matière première rester invisible au sein de plusieurs chaînes d'approvisionnement de marques concurrentes en même temps.
Pourquoi c'est important pour les marques
L'exposition directe concerne tout fabricant de lait infantile, de lait de suite ou d'aliments diététiques à des fins médicales spéciales pour nourrissons vendu dans l'UE, mais le test de conformité que fixe le projet est un test que trois autres groupes devraient appliquer à leurs propres produits avant le 29 septembre 2026. Premièrement, les marques et sous-traitants utilisant de l'huile d'acide arachidonique ou des matières grasses nutritionnelles spécialisées comparables dans un produit destiné aux nourrissons ou à la nutrition médicale, dans l'UE ou en dehors, un risque de contamination au niveau du fournisseur ne s'arrêtant pas à une frontière qu'un produit fini se trouve franchir. Deuxièmement, tout fabricant qui devra appliquer le calcul par facteur de reconstitution pour un produit liquide : le projet fixant une cible et non un chiffre fixe pour le lait reconstitué, une équipe conformité doit pouvoir démontrer son calcul, le facteur de reconstitution exact utilisé et sa correspondance avec la limite du produit en poudre, d'une manière qu'un régulateur peut vérifier de façon indépendante, et pas seulement un résultat de laboratoire binaire. Troisièmement, toute marque dont le panel d'analyses microbiologiques actuel contrôle les taux de Bacillus cereus mais pas spécifiquement la cereulide, le postulat même du projet étant que les deux n'évoluent pas toujours ensemble : un lot peut porter la toxine alors même que la bactérie qui l'a produite n'est plus détectable. Une marque déjà capable de tracer un lot d'ingrédient donné jusqu'à chaque référence finie dans laquelle il est entré, à travers chaque sous-traitant et chaque marque sous laquelle il a été vendu, est en position de commenter le projet, et de s'y conformer, à partir de faits opérationnels. Celle qui ne suit sa conformité qu'au niveau de sa propre usine est celle pour qui la prochaine contamination chez un fournisseur partagé arrivera comme une surprise plutôt que comme un rappel maîtrisé.
Deux lectures du 1er septembre
Lecture étroite
L'UE referme une faille dans les analyses après une alerte du lait infantile en 2026, en fixant une limite chiffrée pour une toxine jusque-là non nommée dans le droit alimentaire.
Lecture structurelle
Le projet n'écrit un chiffre fixe que pour la forme en poudre, laisse la forme liquide à un calcul mené par le fabricant, et ne referme en rien la faille plus profonde à laquelle il répond : un seul fournisseur d'ingrédient alimentant plusieurs marques concurrentes peut transformer un épisode de contamination unique en un événement touchant près de 100 pays avant qu'aucune d'elles ne le détecte individuellement.
Questions fréquentes
Qu’a proposé la Commission européenne le 1er septembre 2026 ?
Un projet de règlement modifiant le règlement (CE) n° 2073/2005 relatif aux critères microbiologiques applicables aux denrées alimentaires, afin d'y ajouter une limite maximale (ML) pour la cereulide, une toxine thermostable produite par Bacillus cereus, de 1 microgramme par kilogramme dans le lait infantile, le lait de suite et les aliments diététiques à des fins médicales spéciales pour nourrissons, tous en poudre. C'est la première fois que la cereulide figurerait comme critère nommément désigné dans ce règlement. Les commentaires publics sont ouverts jusqu'au 29 septembre 2026.
Le même chiffre de 1 µg/kg s’applique-t-il au lait liquide prêt à l’emploi ?
Non. Le projet n'écrit le chiffre fixe de 1 µg/kg que pour les produits séchés, en poudre. Pour les versions liquides prêtes à l'emploi, il ne fixe aucun chiffre unique : il impose à chaque fabricant d'appliquer son propre facteur de reconstitution, le ratio qu'il utilise pour transformer la poudre en liquide, afin d'atteindre une cible équivalente à 0,1 µg/kg dans le produit reconstitué. Une équipe conformité doit pouvoir présenter ce calcul, et pas seulement un résultat de laboratoire, pour démontrer sa conformité.
Pourquoi une contamination chez un seul fournisseur a-t-elle touché autant de marques de lait infantile différentes en même temps ?
Les articles de presse ont retracé la contamination à l'origine du rappel jusqu'à une huile d'acide arachidonique fournie par un seul fournisseur en Chine et utilisée par plusieurs fabricants de lait infantile concurrents, sans lien entre eux, au même moment. Aucun de ces fabricants ne partageait une usine ou un distributeur, seulement cet unique ingrédient amont, ce qui explique qu'un défaut dans la production d'un seul fournisseur soit apparu dans des produits vendus sous des marques différentes dans des pays différents, plutôt que de rester confiné à la chaîne d'approvisionnement d'une seule entreprise.
Sources
- World Health Organization, Disease Outbreak News: "Multi-country foodborne event caused by cereulide in infant formula products" (item 2026-DON596): illness case count, country count and recall timeline
- Food Safety Magazine: "EU Proposes Maximum Limits for Cereulide in Infant Formula": draft regulation, 1 µg/kg dried limit, reconstitution-factor calculation for liquid product, 29 September 2026 comment deadline
- Food Safety News: "EU opens comments on cereulide limit proposals": independent confirmation of the same draft-regulation figures and deadline
- Food Safety Magazine: "144 Illnesses Potentially Linked to Global Cereulide-Contaminated Infant Formula Incident, WHO Reports"
- CIDRAP, University of Minnesota: "Infant formula voluntarily recalled after testing positive for heat-stable toxin": independent confirmation of the outbreak and the cereulide toxin
- ECDC / EFSA Rapid Outbreak Assessment: "Multi-country foodborne event caused by cereulide in infant formula products" (19 February 2026)
- EUR-Lex: Commission Regulation (EC) No 2073/2005 of 15 November 2005 on microbiological criteria for foodstuffs, the regulation the draft would amend
- Euronews: "Global baby formula recall: Nestlé, Danone, Lactalis pull products after toxin alert": independent confirmation of the affected brands and the arachidonic acid oil ingredient traced to a Chinese supplier
Note sur la vérification : l'accès réseau de cette session permet la recherche mais bloque la récupération directe des pages, y compris depuis eur-lex.europa.eu, ec.europa.eu, ecdc.europa.eu et who.int. La date de publication du projet de règlement, la limite proposée de 1 µg/kg, le mécanisme du facteur de reconstitution pour le produit liquide et l'échéance du 29 septembre 2026 ont été confirmés via des extraits indexés du texte de la Commission européenne, recoupés avec deux médias spécialisés indépendants en sécurité alimentaire (Food Safety Magazine et Food Safety News) rapportant séparément les mêmes chiffres. Le nombre de cas, le nombre de pays et la chronologie du rappel ont été confirmés via des extraits indexés du bulletin Disease Outbreak News de l'Organisation mondiale de la santé elle-même, recoupés avec le CIDRAP, l'évaluation rapide de l'ECDC et de l'EFSA, et Euronews, chacun rapportant les mêmes chiffres de façon indépendante.
Questions fréquentes
Qu'a proposé la Commission européenne le 1er septembre 2026 ?
Un projet de règlement modifiant le règlement (CE) n° 2073/2005 relatif aux critères microbiologiques applicables aux denrées alimentaires, afin d'y ajouter une limite maximale (ML) pour la cereulide, une toxine thermostable produite par Bacillus cereus, de 1 microgramme par kilogramme dans le lait infantile, le lait de suite et les aliments diététiques à des fins médicales spéciales pour nourrissons, tous en poudre. C'est la première fois que la cereulide figurerait comme critère nommément désigné dans ce règlement. Les commentaires publics sont ouverts jusqu'au 29 septembre 2026.
Le même chiffre de 1 µg/kg s'applique-t-il au lait liquide prêt à l'emploi ?
Non. Le projet n'écrit le chiffre fixe de 1 µg/kg que pour les produits séchés, en poudre. Pour les versions liquides prêtes à l'emploi, il ne fixe aucun chiffre unique : il impose à chaque fabricant d'appliquer son propre facteur de reconstitution, le ratio qu'il utilise pour transformer la poudre en liquide, afin d'atteindre une cible équivalente à 0,1 µg/kg dans le produit reconstitué. Une équipe conformité doit pouvoir présenter ce calcul, et pas seulement un résultat de laboratoire, pour démontrer sa conformité.
Pourquoi une contamination chez un seul fournisseur a-t-elle touché autant de marques de lait infantile différentes en même temps ?
Les articles de presse ont retracé la contamination à l'origine du rappel jusqu'à une huile d'acide arachidonique fournie par un seul fournisseur en Chine et utilisée par plusieurs fabricants de lait infantile concurrents, sans lien entre eux, au même moment. Aucun de ces fabricants ne partageait une usine ou un distributeur, seulement cet unique ingrédient amont, ce qui explique qu'un défaut dans la production d'un seul fournisseur soit apparu dans des produits vendus sous des marques différentes dans des pays différents, plutôt que de rester confiné à la chaîne d'approvisionnement d'une seule entreprise.
Sources et références
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